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publié le 02/03/2005
L'organisme est censé savoir se défendre contre les agressions bactériennes, virales et parasitaires à l'aide de nombreux systèmes de défense, répartis aux points stratégiques et agissant en complémentarité. Ainsi, par exemple, certaines cellules de notre système immunitaire fabriquent des anticorps actifs contre les agresseurs ; d'autres sont capables d'avaler directement les éléments indésirables... Ces vigiles circulent en permanence dans notre sang, à l'affût de toute intrusion.
L'intestin assure la protection de l'organisme
Notre tube digestif, qui représente une véritable frontière entre le milieu extérieur et l'organisme, pourrait bien représenter notre talon d'Achille - puisque chaque jour nous absorbons des aliments et avec eux, potentiellement, toutes sortes de bactéries, virus, toxiques, allergènes... Heureusement, là encore, la nature a bien fait les choses : l'intestin héberge des milliards de bactéries, qui sont nos hôtes et nous rendent de multiples services ; elles se nourrissent en partie de ce que nous n'avons pas digéré, produisent en échange des substances qui nous sont très utiles (vitamine B12, acides gras volatils nécessaires à la constitution de la muqueuse intestinale) et nous défendent contre les mauvaises bactéries : en leur opposant une masse volumique importante, elles les empêchent d'atteindre et de dégrader la paroi du tube digestif. Ces milliards de bonnes bactéries - elles sont plus nombreuses que toutes les cellules de notre corps - constituent la flore intestinale (dite flore saprophyte). Le bon état de cette flore nous assure une bonne digestion et une meilleure résistance aux agressions microbiennes extérieures.
Il y a deux moyens pour la préserver et l'entretenir : soit lui fournir une nourriture qu'elle apprécie particulièrement (prébiotiques), soit l'enrichir avec des ferments apportés par l'alimentation, qui augmentent encore ses effectifs (on parle alors de probiotiques).
Vous avez dit prébiotiques...
Les études scientifiques ont montré que les bifidobactéries - qui représentent une part importante de notre flore intestinale - appréciaient tout particulièrement certains glucides : les fructo-oligosaccharides (FOS). Ces substances ont donc été isolées, fabriquées et intégrées à des aliments comme les yaourts ou le lait. Elles aident au développement et à la survie des bifidobactéries au sein du produit et, une fois ingérées, à celui des ferments de notre flore. Il semblerait que ces FOS aient des bénéfices parallèles : entre autres, celui d'augmenter l'absorption intestinale du calcium. Des études pour le confirmer sont en cours.
... ou probiotiques ?
On désigne ainsi les ferments qui exercent des effets bénéfiques dans l'organisme. Ils doivent, lorsqu'ils sont fournis par les aliments, faire preuve de résistance à l'acidité gastrique (qui est censée détruire tout ce qui est vivant et qui vient de l'extérieur), être capables de survivre dans le tube digestif et avoir une action positive sur notre santé.
La plupart de ces ferments utilisés par l'industrie agro-alimentaire sont des bifidobactéries ou des lactobacilles déjà présents dans notre flore. On ne fait ainsi qu'en amplifier les effets - sans prendre le risque d'introduire dans l'organisme d'autres ferments dont le comportement est inconnu.
Vous pouvez donc consommer des yaourts (ou des laits) aux bifidobactéries ou aux lactobacilles. Chaque pot en contient des milliards dont on peut légitimement penser qu'ils vont agir comme facteur d'équilibre de la flore intestinale.
Que peut-on attendre des pré et probiotiques ?
La littérature scientifique est abondante sur ce sujet - plus sur les probiotiques que sur les prébiotiques - d'une part parce que les souches sont nombreuses, d'autre part parce que les thèmes d'études peuvent varier à l'infini : études sur la persistance des ferments dans la flore ; études sur les pourcentages de survie dans les différentes parties anatomiques du tube digestif ; effets des ferments sur le transit ; effets sur la fréquence des diarrhées infectieuses ; effets sur la production des défenses immunitaires locales ou générales ; effets sur des catégories de population très différentes : jeunes enfants, personnes âgées, sportifs ; effets des doses différentes ; niveau de consommation optimal pour obtenir les effets souhaités...
Beaucoup de ces résultats sont publiés dans des revues scientifiques internationales et rapportés dans des congrès de gastro-entérologie. Tout concorde à prouver qu'il existe bien un effet des probiotiques et qu'il ne s'agit pas seulement d'une mode, même si la communication par les médias grand public prend parfois des raccourcis expéditifs.
Ces ferments ont montré une action sur la régulation du transit : des personnes souffrant de transit lent (proche d'un état de constipation) ont vu leur transit accéléré par la consommation régulière de produits laitiers fermentés aux bifidobactéries ; cet effet est particulièrement net chez des personnes âgées, sans toutefois provoquer de diarrhée.
Chez ceux qui souffrent de diarrhée infectieuse, le fait de prendre des laits fermentés aux bifidobactéries ou aux lactobacilles raccourcit la durée de l'épisode diarrhéique et accélère le retour à un transit normal. Cet effet serait supérieur à celui des yaourts simples qui contiennent déjà des ferments et qui traditionnellement sont recommandés en cas de diarrhée.
Quant au renforcement des défenses immunitaires, une allégation souvent reprise dans les médias, il semble qu'il y ait effectivement un effet des probiotiques : ils diminuent la présence de virus indésirables dans les selles, la fréquence des épisodes de diarrhées infectieuses et modifient les paramètres de notre système immunitaire. S'il est actuellement impossible d'affirmer que la consommation régulière des probiotiques puisse nous éviter de tomber malade, on peut conclure, au vu de ces études, que l'ingestion quotidienne de ces produits maintient une bonne qualité de la flore intestinale et de la veille immunitaire locale. Un élément propice à la régularité du transit et à une meilleure résistance aux virus et bactéries à l'origine de diarrhées infectieuses.
Concrètement
Les nutritionnistes recommandent à toutes les catégories de populations - y compris les jeunes enfants de plus d'un an et les personnes âgées - de consommer yaourt ou lait fermenté au moins deux fois par jour. Non seulement, ils contribuent à l'apport calcique de la journée (un pot de yaourt fournit le quart des besoins quotidiens) mais ils apportent des ferments utiles. À titre préventif, même si vous vous sentez en forme et en bonne santé et en appoint curatif, durant les épisodes de diarrhées infectieuses ou liées à la prise de médicaments antibiotiques : ils en raccourcissent la durée, en diminuent la gravité et facilitent la récupération. Des avantages avérés, en attendant la démonstration d'effets bénéfiques dans d'autres domaines...
Dr Laurence Plumey
Médecin nutritionniste
Hôpital Necker-Enfants malades
Intelligent, notre intestin ?
L'intestin n'assure pas seulement la digestion. Certains chercheurs le considèrent comme un deuxième cerveau. Il contient plus de 100 millions de neurones, sécrète au moins 20 neurotransmetteurs identiques à ceux produits par le cerveau (sérotonine, dopamine), produit 70 à 85 % des cellules immunitaires de l'organisme... Aujourd'hui, il semble bien qu'il fonctionne, en partie, indépendamment du cerveau, en fonction des éléments de son environnement local : stress, infections et surtout alimentation qui apparaît comme un élément majeur.
Source : Entretiens de Bichat 2002, Table ronde L'intestin : deuxième cerveau du corps humain.
Source : Bien-être et Santé
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