Conseiller
la Femme enceinte
Il existe bien souvent peu de données concernant l’innocuité de l’administration des médicaments au cours de la grossesse. Les médicaments disponibles, en particulier ceux non inscrits à la liste des substances vénéneuses sont bien souvent peu voire pas évalués chez la femme enceinte. C’est pourquoi il est important de prévenir l’automédication.
Le pharmacien d’officine joue dans ce domaine un rôle essentiel. Quelques grandes " règles " guident alors le Conseil Pharmaceutique :
Lorsque la prise en charge de la pathologie le permet, proposer toujours en première intention des mesures hygiéno-diététiques. Ne proposer d’alternatives médicamenteuses que lorsque cela est nécessaire.
Choisir des spécialités contenant un seul principe actif, bien évalué chez la femme enceinte et ayant fait la preuve de son efficacité.
Eviter les principes actifs récents et les spécialités pour lesquelles il n’existe pas de rubrique grossesse dans le Vidal.
Les médicaments homéopathiques constituent une alternative intéressante pour les "petites pathologies " (allergie peu invalidante, toux, insomnie...) MAIS ne pas proposer de teintures mères ou de dilution 1DH. Attention aux spécialités qui contiennent à la fois de l’homéopathie et de l’allopathie (par exemple de l’aspirine strictement contre-indiquée à partir du 6ème mois de grossesse).
Orienter la patiente vers un médecin si les symptômes persistent ou lorsque la pathologie l’exige.
Rassurer sur une prise médicamenteuse nécessaire (l’absence de traitement pouvant être plus risquée que le traitement lui-même).
Douleur
Alternatives médicamenteuses : choix d’un antalgique
L’antalgique de choix en première intention est le paracétamol(médicament bien évalué chez la femme enceinte) quelle que soit la période de grossesse.
L’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont formellement contre-indiqués dès le sixième mois de grossesse (en dehors d’indications exceptionnelles nécessitant une surveillance spécialisée) principalement en raison d’une toxicité fœtale cardiopulmonaire et rénale.
Attention aux spécialités " homéopathiques " contenant de l’aspirine (exemple du Cephyl®).
Ne pas proposer d’associations contenant de la codéine (ou de la caféine à fortes doses) en fin de grossesse (risque néonatal pour les fortes doses ou en cas d’utilisation prolongée).
Si la douleur est trop importante ou insuffisamment calmée par le paracétamol, il paraît plus prudent de conseiller une consultation médicale dans un but diagnostique pour évaluer le rapport bénéfice/risque.
En cas d’antécédent d’hypertension artérielle, on orientera la patiente vers le médecin.
Conseils d’hygiène de vie
Pour les lombalgies
Eviter les gestes brusques, en particulier lors du lever ou du coucher ou en montant l’escalier.
Choisir une bonne literie et dormir sur le dos ou sur le côté les jambes repliées.
Eviter les positions statiques prolongées : écarter les jambes lors d’une station prolongée debout, changer de position lors des stations assises.
Eviter de porter du poids, se baisser en se pliant sur les jambes et éviter les torsions.
Faire du sport de façon régulière en évitant les sports violents qui provoquent des secousses (jogging, vélo sur terrain accidenté, ski, tennis) et en préférant plutôt la marche, la natation, le cyclisme sur route, l’aquagym ou la gymnastique douce ; en réduisant les efforts.
Eviter de porter des talons trop hauts.
Proposer éventuellement un maintien lombaire adapté à la femme enceinte qui évite les faux mouvements.
Pour les céphalées
Se mettre au repos, au calme, si besoin dans le noir, poser un gant d’eau froide sur le front.
Maux de gorge
Alternatives médicamenteuses
Ne pas conseiller de suppositoires contenant du bismuth (Pholcones Bismuth®).
Les pastilles, collutoires et autres formes locales ne sont pas évalués chez la femme enceinte.
Conseils d’hygiène de vie
Un mal de gorge peu intense sans fièvre ni ganglions doit pouvoir être supportable. On peut conseiller de prendre des bonbons au miel pour adoucir l’irritation ou des boissons chaudes.
Si la douleur est intense, avec fièvre, ganglions ou d’autres signes de gravité (risque d’angine), une consultation médicale s’impose.
Rhinorrhée
Alternatives médicamenteuses
Dans tous les cas, proposer un lavage de nez avec du sérum physiologique pour éviter une surinfection.
La dexchlorphéniramine (Polaramine®) est l’un des antihistaminiques H1 hors liste les mieux évalués. A éviter toutefois en fin de grossesse en raison des effets sédatifs sur le nouveau-né.
Ne pas proposer d’emblée de vasoconstricteurs (en raison de leurs effets propres) ni de framycétine (par prudence en raison de la toxicité potentielle des aminosides et de leur passage à travers la muqueuse nasale).
Conseils d’hygiène de vie
Se moucher régulièrement, avec des mouchoirs en papier de bonne qualité.
Laver les mouchoirs en tissu avec de l’eau de Javel.
Se laver les mains fréquemment et soigneusement.
Ne pas surchauffer les pièces et humidifier l’air.
Si l’écoulement ou la gêne sont importants, dormir en position semi-assise.
Toux sèche au premier trimestre
Alternatives médicamenteuses
Les alternatives médicamenteuses ne présentent pas de certitude d’innocuité.
Les sirops homéopathiques semblent constituer une alternative intéressante.
Si la toux est très invalidante, provoquant une gêne importante, réveillant la nuit, on pourra conseiller un sirop contenant de la codéine ou du dextrométhorphane, médicaments qui possèdent actuellement les données les plus rassurantes en traitement court. Eviter autour de la période de l’accouchement (effets sédatifs sur l’enfant).
Ne pas proposer de sirop contenant plusieurs principes actifs dont l’efficacité et l’innocuité n’ont pas été prouvées.
Conseils d’hygiène de vie
Les toux non productives sont assez rares au cours de la grossesse. Le mieux est de " prendre son mal en patience ".
En première intention, on peut conseiller de prendre, en cas d’irritation, des bonbons ou des boissons chaudes au miel.
Toux grasse au premier trimestre
La toux est un phénomène naturel de défense de l’organisme ; il faut la respecter. Une toux grasse non invalidante chez la femme enceinte ne se traite pas.
Alternatives médicamenteuses (si la dame est très encombrée)
L’innocuité des fluidifiants au premier trimestre de grossesse n’a pas été prouvée (manque d’information), même s’il existe une large utilisation clinique et des données animales rassurantes. Si possible, ne rien proposer.
Toutefois, l’acétylcystéine ou éventuellement la carbocystéine sont les fluidifiants les mieux évalués.
Ne pas utiliser de spécialités contenant plusieurs principes actifs.
Ne pas proposer d’antitussifs ou de spécialités associant des expectorants à des antitussifs centraux (association illogique).
Attention aux bronchites et aux surinfections bactériennes : en cas d’expectorations colorées, de fièvre, de fatigue importante, de difficulté pour respirer ou d’altération de l’état général, consulter le médecin.
Conseils d’hygiène de vie
Boire beaucoup d’eau pour fluidifier les sécrétions bronchiques.
Au besoin faire des inhalations avec de l’eau chaude.
Ne pas surchauffer les pièces et humidifier l’air des lieux d’habitation.
Bien se moucher et ne pas renifler
Fièvre et courbatures au premier trimestre
Alternatives médicamenteuses
L’antipyrétique le plus sûr est le paracétamol.
Il est important de ne pas laisser sans traitement une fièvre au cours de la grossesse car l’hyperthermie de la grossesse augmente la fréquence d’apparition des malformations néonatales.
Toute fièvre doit être évaluée de façon à retrouver son étiologie : une fièvre peut avoir pour origine un placenta prævia, une pyélonéphrite, une listériose, une rupture des membranes placentaires... susceptibles d’être dangereux pour la femme enceinte et pour le fœtus.
Vomissements au premier trimestre
Il paraît important de rassurer la patiente : les nausées et les vomissements sont fréquents (dus, en partie, à une augmentation des concentrations hormonales en particulier en HCG) et souvent bénins en début de grossesse. Il faut savoir être patiente.
Conseils d’hygiène de vie
Fractionner les repas : prendre de petites quantités à la fois et plus souvent.
Manger ce qui fait plaisir.
Prendre de préférence des glucides d’action lente (riz, pâtes, pommes de terre), des crudités, des produits laitiers (yaourt, lait caillé mieux accepté que le lait entier), des fruits.
Eviter l’hypoglycémie qui participe aux malaises, prendre le premier repas de la journée avant de se lever, éviter les glucides d’absorption rapide qui entraînent une sécrétion d’insuline responsable d’une hypoglycémie secondaire.
Repérer et éviter les odeurs fortes, les aliments gras, les parfums qui sont les facteurs déclenchants (tabac, produits ménagers...)
Si les vomissements sont très gênants, très importants avec perte de poids de la patiente ou s’ils persistent après le premier trimestre, une consultation s’impose. Mettre en garde contre la survenue d’une déshydratation.
Constipation au premier trimestre
Alternatives médicamenteuses
Ne proposer des laxatifs que si les mesures hygiéno-diététiques ont échoué.
Les médicaments de choix seront :
§ Les mucilages (psyllium, ispaghul, karaya, carraghénates, gomme guar),
§ Le lactulose,
§ Le sorbitol seul ou associé à de l’acide citrique.
Pour une constipation basse on préférera la glycérine ou les carraghénates de façon ponctuelle à condition que la patiente ne présente pas de pathologie proctologique.
Ne pas proposer de laxatifs stimulants.
Mettre en garde contre les tisanes laxatives qui paraissent anodines et qui contiennent des composés anthracéniques. Outre le risque d’atteinte de la muqueuse colique, ces laxatifs peuvent provoquer des contractions utérines
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