Environ 4 millions de Français quittent chaque année l'hexagone pour se rendre dans des
zones à risque sanitaire élevé. La démocratisation des voyages s'accompagne d'une
modification du profil du voyageur avec de plus en plus de seniors et de porteurs de
pathologies chroniques (hypertension, diabète, cardiopathie ...), mais aussi sur la
diversification des destinations et l’allongement des séjours.
Beaucoup d'incidents "mineurs" peuvent prendre des conséquences dramatiques dans
certaines régions du monde. Les problèmes de santé durant ces séjours ont une incidence
élevée : plus de 50 % des voyageurs ont eu des problèmes de santé dont 35 % de Turista, 8
%d
e dysenterie et moins de 5 % de paludisme. Néanmoins, on constate la prédominance des
accidents de voitures, noyades, accidents cardiaques, par rapport aux risques exotiques
classiques.
A - ENTRETIEN AVEC LE VOYAGEUR
• Celui-ci est essentiel pour délivrer un conseil adapté.
• Destination, type de voyage (travail, tourisme organisé ou itinérant).
• Durée du séjour.
• Profil des voyageurs (enfants, personnes âgées ou souffrant de pathologies chroniques).
• Prise d'une assurance sanitaire.
• Mise à jour des vaccins.
• Prophylaxie du paludisme.
• Nécessité d'un bilan dentaire.
• L'information sera axée sur les différentes précautions à prendre au cours du séjour : règles
d'hygiène alimentaire, corporelle et comportementale, préventions des piqûres, des
insolations, des hydratations, MST ...
B - REGLES D'HYGIENE
1 - alimentaire : prévention de l'Amibiase, Hépatite A, Turista
• Se laver les mains après passage aux toilettes, avant tout contact avec des aliments et, en cas
de présence d'une personne atteinte, circonscrire les risques de transmissions manu portées de
germes afin de prévenir l'épidémie
(poignée de porte, linge, vaisselle ...).
• Consommer uniquement de l'eau en bouteille capsulée (ou ouverte devant soi) et en cas de
force majeure rendre l'eau potable (filtre
portatif, ébullition, désinfectant à base d'hydrochlorothiazone, Aquatabs®, Micropur®. Eviter
les glaçons et les glaces, consommer du lait pasteurisé ou bouilli.
• Pour les aliments (principale cause de
diarrhée) : bien cuire la viande et le poisson, peler et laver les fruits (avec son eau !), se méfier
des crudités, coquillages, fruits de mer, mais aussi des plats préchauffés et
servis froids (buffets des hôtels).
2 - corporel, comportemental : Prévention des infections cutanées et parasitaires
• Ne pas marcher pieds nus sur les plages, ne pas s'allonger à même le sable.
• Ne pas caresser les animaux.
• Porter des chaussures fermées sur les sols boueux ou humides, et des vêtements légers mais
recouvrant le maximum de surface, facilement lavables et perméables (coton, tissus non
synthétiques).
• Ne pas se baigner ou marcher dans les eaux douces stagnantes.
• Ne pas sécher le linge à l'extérieur ou sur le sol, secouer habits, draps, chaussures avant
usage.
C - VACCINATIONS
1 - Vaccinations indispensables et parfois obligatoires
• Vaccins ou rappels contre Poliomyélite, Diphtérie (surtout pour l’Europe de l'est), Tétanos
qui sont indispensables.
• Vaccin anti-amarile (Fièvre jaune) : obligatoire ou indispensable (Afrique subsaharienne,
Afrique Noire, Amérique du Sud). Pratiquée 10 jours avant le départ (efficace 10 ans), cette
vaccination est contre-indiquée en cas d'allergie à l'oeuf chez la femme enceinte et les
immunodéprimés. Elle s'effectue dans des centres spécialisés.
2 - Autres vaccinations
• Vaccin anti-typhique : Thyphim VI®,
Thypherix® : protection de 3 ans. Le risque de contamination étant faible, ce vaccin est
recommandé pour les voyages au long cours et pour les personnes vivant au contact des
populations locales. Vaccination possible à partir de 5 ans.
• Vaccin contre l'hépatite A : Havrix®, Avaxim®, Vaqta® : efficace et bien toléré, une seule
injection suffit pour un voyage ponctuel,
et pour une protection de 10 ans, une ou deux injections 6 à 12 mois après la première
sont nécessaires. Vaccination possible à partir de 1 an.
• Vaccin contre l'hépatite B : à recommander de façon systématique surtout chez le jeune
voyageur. Pour les personnes plus âgées non vaccinées, sachant que l'immunité est acquise
après 3 injections, celle-ci est discutable. Dans certains cas on peut faire les 3 injections en 1
mois, mais on ne peut pas en garantir l'efficacité.
• Vaccin anti-méningocoque A et C : obligatoire pour les pèlerins se rendant à la Mecque, et
recommandé dans le Sahel, le Népal et le Nord de l'Inde. La vaccination se fait en seule
injection qui protège 3 ans.
• Vaccination contre l'encéphalite japonaise : pour les séjours en zone rurale et en période de
mousson dans les pays d'Asie. Elle concerne surtout les longs voyages et les expatriés. Cette
vaccination nécessite des précautions, réalisée dans des centres spécialisés.
• Vaccination contre l'encéphalite à tiques d'Europe Centrale : procédure spéciale réservée aux
voyageurs séjournant de manière prolongée en zone forestière.
• Vaccin antirabique : pour les voyages au long cours, pour les résidents à l'étranger, surtout
pour les enfants (plus exposés aux morsures). Trois injections dans un centre antirabique étalé
sur un mois. Attention car elle ne dispense pas de la vaccination post-exposition après
morsure suspecte (celle-ci n'ayant aucune contre-indication car la rage est mortelle).
D - LA DIARRHEE DU VOYAGEUR
• Elle est très fréquente, il s'agit en général d'un épisode aigu bénin, spontanément résolutif en
1 à 3 jours, qui est particulièrement inconfortable (2 % d'alitement). Le risque varie
proportionnellement en fonction de la différence d'hygiène entre le pays d'origine et le pays de
séjour. Il s'agit pour la majorité des cas de diarrhées d'origine infectieuses :
- 80 % de bactéries (E. coli entérotoxinogène,
Shigella, Salmonella)
- 10 à 20 % de virus (Rotavirus, Entérovirus,
Adénovirus, virus de Norwalk)
- 5 % parasitaires (Amibiase et Giardiase)
Il existe aussi des causes non infectieuses : stress, variation d'alimentation. Le choléra est un
risque très faible pour le voyageur classique ne prenant pas d'anti-ulcéreux, car l'acidité
gastrique le détruit.
• La diarrhée survient souvent dans les dix premiers jours, constituée par des selles liquides
plus ou moins nombreuses, non sanglantes (sinon c’est un signe de dysenterie, qui est
beaucoup plus grave), accompagnées de douleurs abdominales, nausées, vomissements et
parfois fièvre.
• Le traitement préventif repose sur les mesures d'hygiène (infections "orofécales" ou manu
portées) et se sont surtout les aliments (buffets, fruits ...) plus que la boisson, qui en sont la
cause. Concernant l'eau de boisson, les comprimés pour purifier l'eau ont en général une
efficacité très inférieure aux filtres portatifs.
• On déconseille la chimioprophylaxie sauf en cas de nécessité impérieuse : insuffisance
cardiaque et rénale ; diurétiques, lithium, antiarythmiques (car la déshydratation peut s'avouer
dangereuse) : Fluoroquinolones à un comprimé/jour durant tout le séjour.
• Pour le traitement curatif : le lopéramide (Imossel®, Imodium®) et les antiseptiques
intestinaux nifuroxazide (Ercéfuryl® et ses génériques) ne sont indiqués que pour les formes
légères (non fébriles et non sanglantes) et pour une courte durée.
• La réhydratation est essentielle surtout pour les personnes âgées et les jeunes enfants
(sachets de réhydratation, boisson abondante, argile).
• Pour les nourrissons, utilisation d'eau minérale ou filtrée, bouillie pour les biberons, hygiène
stricte des biberons et des personnes s'occupant du nourrisson. L'allaitement au sein doit être
favorisé.
E - CHIMIOPROPHYLAXIE DU PALUDISME
Cette pathologie potentiellement grave et même mortelle (Plasmodium falciparum) doit être la
préoccupation majeure du voyageur, surtout en Afrique Tropicale, Asie du Sud Est (Inde,
Mékong) et en Amérique (de l'Amérique Centrale au bassin de l'Amazone).
1 - Prévention de la piqûre
La première ligne de défense est l'utilisation des produits anti-moustiques (associée à une
prophylaxie orale).
- Port de vêtements légers à manches longues, pantalons longs dès la tombée du jour, mais
attention les vêtements doivent être imprégnés de répulsifs prévus pour les vêtements car 40
% des piqûres s'effectuent à travers ceux-ci.
- Utilisation de lotions (ne pas dormir avec) et de crèmes répulsives le soir au coucher
(efficacité de 4 h en général), sauf sur les yeux et la bouche. Les divers produits sont à bases
de phtalate de diméthyle, diéthyltoluanide, diméthylphtalate, ethylhexamedrol. Il existe
différentes gammes : Butix®, Cinq sur Cinq®, Moustifluid®, Insect écran®.
- On conseille aussi d'utiliser des bombes insecticides et des moustiquaires pré-imprégnées
d'insecticide (vendue en officine) pendant le sommeil, ainsi que des systèmes diffuseurs
(plaquettes de pyréthrinoïdes).
- Bien vérifier l'intégrité du système.
- Eviter de sortir le soir.
• Il faut avoir à l'esprit les habitudes du vecteur : la transmission s'effectue par des espèces
anthropophiles : la femelle est hématophage et effectue un repas tous les 2 à 3 jours, de
préférence en fin de journée (mais l'Anophèle pique de la tombée de la nuit au lever du jour).
Ces espèces anthropophiles résident bien évidemment en milieu rural et de préférence à
proximité des points d'eau (car les larves de l'Anophèle sont aquatiques). L'anophèle
affectionne les peaux claires et fines.
• Pour les enfants, on préférera les produits sous forme de crèmes (plus concentrés).
Attention car beaucoup de produits sont contre-indiqués chez la femme enceinte!!!
2 - Prophylaxie du paludisme
pour les séjours de moins de 3 mois
3 - Autres précisions sur les antipaludéens
• Amiodiaquine : Flavoquine®, utilisé en curatif et pour les formes résistantes à la
chloroquine. Risque de rétinopathie, d'hépatite et d'agranulocytose. Contre-indication en cas
d’allaitement, grossesse. A prendre après les repas.
• Chloroquine : Nivaquine®, précaution en cas de porphyrie, de psoriasis, d'épilepsie.
Risque de somnolence, troubles digestifs
fréquents en début de traitement, céphalées, troubles de la vision. Utilisable pendant la
grossesse, l'allaitement. Traitement préventif et curatif. A prendre après le repas du matin ou
de midi.
• Halofantrine : Halfan® : traitement curatif. Risque de troubles cardiaques, digestifs,
allergiques. Déconseillé pendant l'allaitement, la grossesse, en cas de troubles du rythme.
Prise en dehors des repas.
• Méfloquine : Lariam® : traitement curatif chez l'enfant de plus de 12 ans, aussi en préventif.
Contre-indiqué en cas d’insuffisance hépatique ou rénale, de grossesse ou d’allaitement. Les
troubles digestifs sont très fréquents, on conseille de débuter le traitement 3 semaines avant le
départ, prise du comprimé au cours d'un repas, une fois par semaine (pour se rendre compte
des intolérances avant le départ).
• Proguanil + chloroquine : Savarine®
• Quinine : Quinimax®, Quinine Lafran®, Quinoforme®
• Sulfadoxine + pyriméthamine : Fansidar®
F - AUTRES RISQUES
1 - Soleil
Le soleil est souvent l'ennemi du voyageur en zone tropicale, de part les souvenirs cuisants
qu'il peut occasionner, mais aussi par les coups de chaleur potentiellement graves qu'il peut
provoquer. L'exposition au soleil doit être progressive, l'utilisation d'un écran total d'indice
élevé est très fortement conseillé (surtout en altitude).
2 - Risque transfusionnel
Les transfusions représentent un risque majeur dans la plupart des pays (parfois absence de
tests de dépistage, pas de contrôles ...) et doivent être systématiquement refusées.
En cas de nécessité absolue, exiger l'usage de matériel neuf à usage unique, malheureusement
dans de nombreux pays le personnel médical ne dispose pas de matériel à usage unique. Il
convient de le prévoir avant le départ (par exemple trousse Stéripatch®.
Ces transfusions en zone tropicale exposent aux risques majeurs de transmission de l'hépatite
B, l'hépatite C, du paludisme, VIH, virus HTLV, syphilis.
Toujours se munir de sa carte de groupement sanguin.
3 - I.S.T.
L'usage de préservatif est la seule manière de s'en protéger.
4 - Accidents de la circulation
Souvent sous estimés, ils représentent 30 % des rapatriements sanitaires. La vigilance doit être
accrue (port du casque, ceinture, état des routes, code de la route ?).
5 - Avion
• Dans une cabine, l'air est pressurisé, sec, l'espace est réduit. Le risque le plus important
concerne les pathologies cardio-vasculaires et veineuses.
• Les contre-indications au transport aérien sont : pathologie ORL (otite, sinusite) angor
instable, intervention chirurgicale récente (neurologique, digestive), thrombose veineuse
profonde.
• En cas de grossesse, de problème thromboembolique ou de traumatisme. Conseiller le port
de bas de contention, de bouger toutes les heures.
• En cas de troubles psychiatriques (panique, angoisse, claustrophobie) prévoir du Valium®.
• Pour les fumeurs, prévoir des patchs à appliquer avant et pendant le vol.
• Pour les personnes sujettes à la sécheresse ophtalmique, prévoir des larmes artificielles.
Eviter le port de lentilles de contact.
• Contre-indication absolue pour les personnes ayant pratiquée la plongée sous-marine : un
délai doit être respecté selon la profondeur de la plongée. Demander conseil à un
professionnel ou à un médecin.
• Pour les jeunes enfants, faire téter au décollage et à l'atterrissage (diminue les variations de
pression dans les oreilles).
• Décalage horaire : entraîne surtout des
problèmes de sommeil, mais modifie aussi les repas, le rythme journalier. Ceci implique une
prudence en cas de diabète ou de traitement nécessitant la prise de médicament à heure fixe
(pilule contraceptive).
• Mal de l'air : prise d’un traitement préventif avant le départ (Mercalm®, Nautamine®,
Cocculine®, patch de scopolamine).
G - TROUSSE DE PHARMACIE
• Voici quelques petits conseils sur les remèdes à emporter lors d'un voyage à l'étranger. Les
personnes souffrant d'une pathologie chronique devront se munir de suffisamment de
médicaments (prévoir large et répartir les médicaments dans les bagages et sur soi afin
d’éviter la panne en cas de perte ou vol de bagages).
• Bandes, compresses, pansements, solution antiseptique (souvent le tout sous forme de
trousse de voyage complète).
• Produits anti-moustiques
• Produits pour stériliser l'eau
• Prophylaxie antipaludéenne
• Crème solaire
• Différentes pommades pour prévenir hématomes, brûlures, démangeaisons, infections.
• Laxatifs (attention : à ne pas utiliser de façon continue), anti-nauséeux, antiallergiques,
antalgiques et antipyrétiques, antiseptiques intestinaux, anti-diarrhéiques et antispasmodiques
• Penser aussi aux médicaments facilitant le sommeil, des solutions de lavage oculaire, des
larmes artificielles, un collyre antiseptique et des sachets de réhydratation pour les nourrissons
ainsi qu'un thermomètre.
• Préservatifs.
• Déconseiller de sortir ces médicaments de leurs emballages car c'est une source d'erreur non
négligeable. Il faut également conserver la notice avec soi.